Le phasme est un insecte herbivore appartenant à l’ordre des Phasmoptères, célèbre pour sa capacité hors norme à imiter des brindilles, des feuilles ou de l’écorce afin d’échapper à ses prédateurs. Totalement inoffensif, silencieux et facile à nourrir avec des plantes communes comme la ronce, il représente l’espèce idéale pour s’initier à la terrariophilie et observer la nature de près.
- Un maître du camouflage : bâton, feuille ou écorce, sa morphologie et son comportement le rendent presque invisible dans la végétation.
- Une reproduction singulière : beaucoup d’espèces se multiplient par parthénogenèse, permettant aux femelles de pondre des œufs viables sans mâle.
- Un habitat tout en hauteur : le vivarium doit être au moins trois fois plus haut que la taille de l’insecte adulte pour qu’il puisse muer sans danger.
- Un régime 100 % végétal : ronces, lierre ou chêne sans pesticides constituent la base de son alimentation quotidienne.
Qu’est-ce qu’un phasme ? Anatomie du roi du camouflage
Souvent confondu avec une simple branche morte par les promeneurs inattentifs, cet arthropode pousse l’art de l’illusion à son paroxysme. On parle ici d’homotypie (la forme du corps copie un élément végétal) combinée à l’homochromie (la couleur se fond dans le décor). Contrairement à d’autres arthropodes qui impressionnent par leur vivacité, son quotidien se déroule au ralenti, principalement la nuit, moment où il se déplace pour se nourrir à l’abri des regards.
Phasme bâton, phasme feuille ou phasme écorce : une diversité étonnante
Avec plus de 3 000 espèces recensées à travers le monde, principalement dans les zones tropicales et équatoriales (bien que trois espèces vivent à l’état sauvage dans le sud et l’ouest de la France, comme le phasme gaulois), les silhouettes varient énormément. On les regroupe généralement en trois grandes catégories visuelles :
- Les phasmes bâtons : au corps longiligne, cylindrique et fin, imitant à la perfection les tiges de ronces ou les brindilles sèches.
- Les phasmes feuilles (ou phyllies) : dotés d’un abdomen large et aplati et d’expansions sur les pattes qui reproduisent même les nervures et les taches de moisissure des feuilles.
- Les phasmes écorces : plus trapus, souvent recouverts d’épines ou de protubérances rugueuses qui leur permettent de se confondre avec les troncs moussus et la litière forestière.
La catalepsie et l’autotomie : ses stratégies de défense pacifiques
Face à un oiseau, un rongeur ou un reptile, la plupart des phasmes ne cherchent ni à mordre ni à fuir à toute vitesse. Leur première ligne de défense est la catalepsie : l’insecte replie ses pattes antérieures le long de ses antennes, dans le prolongement exact de sa tête, et se fige totalement. Il peut maintenir cette immobilité rigide pendant des heures, voire se balancer doucement d’avant en arrière pour imiter une brindille bercée par le vent.
Si un prédateur le saisit malgré tout par une patte, le phasme déclenche un réflexe mécanique appelé autotomie. Il contracte brusquement un muscle spécifique situé à la base de la hanche (entre le trochanter et le fémur) pour céder volontairement son membre et s’échapper. Si l’insecte est encore jeune et n’a pas atteint son stade adulte, il a la capacité extraordinaire de régénérer cette patte progressivement au fil de ses mues suivantes.
Cycle de vie, mues et reproduction étonnante
La longévité d’un phasme oscille généralement entre huit mois et un an et demi selon l’espèce et la température de maintien. Ce cycle court mais intense est rythmé par des phénomènes biologiques passionnants à observer depuis son salon.
La parthénogenèse : comment les femelles pondent sans mâle
Chez de nombreuses espèces maintenues en élevage, les mâles sont rares, voire quasiment absents. Les femelles utilisent alors la parthénogenèse thélytoque : elles pondent des œufs non fécondés qui donneront naissance uniquement à de nouvelles femelles, clones génétiques de leur mère.Lorsqu’un mâle est présent dans le groupe, la reproduction sexuée reprend le dessus et produit un mélange de mâles et de femelles.
Une seule femelle adulte peut pondre plusieurs centaines d’œufs au cours de sa vie. Ces œufs ressemblent à de minuscules graines végétales, souvent dotées d’un petit opercule qui s’ouvre comme un couvercle au moment de l’éclosion, après une période d’incubation variant de deux à six mois selon les espèces.
De l’œuf à l’imago : comprendre l’étape délicate de la mue
Comme tous les arthropodes, le phasme possède un squelette externe rigide (la cuticule) qui ne grandit pas. Pour croître, le jeune (appelé nymphe ou juvénile) doit régulièrement changer de « peau » : c’est l’ecdysis ou la mue. De la sortie de l’œuf jusqu’au stade adulte définitif (l’imago), il effectue généralement entre cinq et sept mues.
Pour muer, l’insecte se suspend fermement par les griffes de ses pattes arrière, la tête vers le bas. Sa vieille enveloppe se fend sur le dos et il s’en extrait lentement en se laissant pendre dans le vide, avant de durcir à l’air libre. C’est le moment le plus critique de sa vie : s’il touche le sol ou s’il manque d’humidité ambiante, il risque de rester coincé dans son exuvie ou de sécher avec des membres déformés.
Quelles espèces de phasmes choisir pour débuter ?
Contrairement à l’univers exigeant des carnivores où l’on étudie de près le mode de vie et l’élevage de la mante religieuse, la majorité des phasmes cohabitent pacifiquement et pardonnent facilement les petites erreurs de débutant. Trois espèces se distinguent particulièrement pour un premier projet.
Le phasme morose (Carausius morosus), le grand classique
Originaire d’Inde, le phasme morose (ou phasme bâton indien) est le champion incontesté des écoles et des terrariophiles novices. Mesurant environ 8 centimètres à l’âge adulte, il arbore une teinte verte ou brune, avec une petite tache rouge caractéristique à l’intérieur des pattes avant chez l’imago. Il vit très bien à la température ambiante de nos habitations (entre 18 et 24 °C), se reproduit uniquement par parthénogenèse en captivité et accepte aussi bien la ronce que le lierre.
Le phasme du Pérou et le phasme tiare : d’autres valeurs sûres
Si vous cherchez une silhouette différente mais tout aussi accessible, deux autres candidats méritent votre attention :
- Le phasme du Pérou (Sungaya inexpectata) : appartenant à la catégorie des phasmes écorces, il est plus robuste et trapu que le phasme morose. Les femelles présentent souvent une jolie ligne claire le long du dos. Très calme, il mange des ronces sans difficulté et dépose ses œufs dans un petit bac de substrat humide.
- Le phasme tiare (Extatosoma tiaratum) : originaire d’Australie, ce grand phasme imite les feuilles mortes séchées et recourbe son abdomen comme un scorpion lorsqu’il est dérangé (un pur bluff, il est inoffensif). Plus imposant (jusqu’à 15 cm pour la femelle), il demande un grand volume ventilé et des ronces fraîches, mais son apparence spectaculaire séduit immédiatement.
| Espèce | Apparence | Taille adulte (femelle) | Reproduction principale | Plantes favorites |
|---|---|---|---|---|
| Phasme morose (Carausius morosus) | Bâton fin | 7 à 8 cm | Parthénogenèse | Ronce, lierre |
| Phasme du Pérou (Sungaya inexpectata) | Écorce épineuse | 8 à 9 cm | Sexuée et parthénogenèse | Ronce, framboisier, chêne |
| Phasme tiare (Extatosoma tiaratum) | Feuille morte / épineux | 13 à 15 cm | Sexuée et parthénogenèse | Ronce, eucalyptus, chêne |
Aménager un terrarium adapté à votre insecte
L’installation matérielle est simple et ne nécessite généralement aucun système de chauffage complexe, la température d’un salon chauffé entre 20 et 23 °C convenant à la majorité des espèces courantes. En revanche, l’architecture de l’enceinte doit répondre à des besoins physiologiques précis.
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Hauteur et aération : les deux critères vitaux du vivarium
Puisque le phasme mue la tête en bas en se laissant glisser hors de son ancienne enveloppe, il a impérativement besoin de vide sous ses pattes. La règle d’or consiste à offrir une hauteur libre équivalente à au moins trois fois la longueur totale de l’insecte adulte (pattes étendues). Pour des espèces classiques de 8 à 15 cm, un habitat d’au moins 40 à 60 cm de haut est donc recommandé.
Le second pilier est la ventilation. Un air stagnant combiné à l’humidité provoque rapidement des moisissures mortelles pour les insectes. Les cages d’élevage en maille souple constituent d’excellents habitats : elles offrent une circulation d’air optimale tout en permettant aux phasmes de s’accrocher partout sur les parois et le plafond pour muer sereinement.

Un habitat en maille souple idéal pour héberger un petit groupe de phasmes bâtons ou écorces : ses 60 cm de hauteur offrent tout l'espace vertical nécessaire aux mues et ses parois grillagées permettent aux insectes de grimper partout.
- Belle hauteur de 60 cm parfaitement adaptée aux mues des phasmes
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Substrat, branches et gestion de l’hygrométrie au quotidien
Pour le fond du vivarium, oubliez dans un premier temps les terreaux complexes si vous débutez avec des espèces qui laissent simplement tomber leurs œufs au sol (comme le phasme morose ou le phasme tiare). Une double couche d’essuie-tout blanc non parfumé est de loin la solution la plus hygiénique : elle permet de repérer en un clin d’œil les crottes noires et de trier facilement les œufs lors du nettoyage hebdomadaire. Si vous élevez une espèce fouisseuse comme le phasme du Pérou, ajoutez simplement un petit récipient bas rempli de tourbe blonde ou de fibre de coco humide dans un coin pour que les femelles viennent y planter leur abdomen.
Pour maintenir une hygrométrie comprise entre 60 % et 75 % et permettre aux insectes de boire, vaporisez de l’eau peu calcaire sur le feuillage une fois par jour (de préférence le soir, au moment où ils s’activent). Le jet doit être très fin pour former de minuscules gouttelettes : des gouttes trop grosses risqueraient de noyer les jeunes nouvellement éclos par tension superficielle.

Un vaporisateur indispensable au quotidien pour hydrater les phasmes sans les noyer : sa buse produit une brume très fine qui dépose de minuscules gouttelettes sur les feuilles de ronces.
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- Plastique robuste et totalement inodore, sûr pour les insectes
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Une excellente alternative pour ceux qui possèdent un grand vivarium : sa fonction de pulvérisation continue permet d'humidifier rapidement tout le feuillage en quelques pressions.
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Que mange un phasme en captivité ?
L’un des grands plaisirs de cet élevage réside dans la gratuité de la nourriture, disponible toute l’année lors de vos promenades en forêt ou à la campagne. Contrairement à ceux qui souhaitent découvrir la biologie et les bases de l’élevage de la mygale, vous n’aurez jamais à manipuler de grillons vivants ou de proies mobiles : votre pensionnaire est strictement phyllophage (mangeur de feuilles).
Ronces, lierre, chêne : les plantes nourricières de base
La plante reine de l’éleveur de phasmes est la ronce commune (Rubus fruticosus), celle qui donne les mûres sauvages. Son immense avantage est d’être persistante : même au cœur de l’hiver et sous la neige, vous trouverez toujours des tiges vertes en sous-bois. Selon les espèces et la saison, vous pouvez varier les menus avec :
- Le framboisier et le rosier (appréciés par la quasi-totalité des espèces consommatrices de ronces, attention toutefois à ce qu’ils soient 100 % naturels).
- Le chêne et le noisetier (très riches au printemps et en été).
- Le lierre grimpant (accepté par le phasme morose, mais toxique ou boudé par d’autres espèces, renseignez-vous toujours sur la fiche spécifique de votre insecte).
- Le troène ou l’eucalyptus pour les espèces plus spécialisées.
Sécuriser le vase d’eau et éviter à tout prix les pesticides
Pour que les branches coupées restent fraîches pendant quatre à sept jours dans le vivarium, plongez leurs tiges dans un petit pot en verre rempli d’eau. Cependant, ce récipient représente un piège mortel : les phasmes, surtout les juvéniles, peuvent glisser le long des tiges et se noyer. Il est impératif de boucher hermétiquement le goulot du pot autour des tiges à l’aide de coton, d’essuie-tout tassé ou d’un couvercle percé.
Attention : Ne cueillez jamais vos plantes en bordure de route fréquentée (à cause des gaz d’échappement), près des champs agricoles traités ou dans les jardineries. Les plantes vendues en magasin sont systématiquement traitées aux insecticides systémiques : une seule feuille ingérée foudroie l’ensemble de votre élevage en quelques heures. Rincez toujours vos branches cueillies en forêt à l’eau claire avant de les installer.
Manipulation, entretien et règles d’or de l’éleveur
Si vous cherchez un compagnon à câliner sur le canapé, mieux vaut vous tourner vers un petit mammifère et consulter notre guide complet pour bien choisir et s’occuper d’un hamster. Le phasme est avant tout un animal d’observation, même si de brèves manipulations restent possibles lors de l’entretien de son habitat.
Comment manipuler cet insecte fragile sans le blesser ?
La règle fondamentale est de ne jamais saisir un phasme avec ses doigts en le pinçant par le corps ou par les pattes. Ses griffes s’accrochent fermement aux supports (notamment aux mailles des cages ou aux écorces) ; si vous tirez dessus, vous allez provoquer une autotomie et lui arracher une ou plusieurs pattes.
Pour le déplacer lors du changement des branches, placez simplement votre main à plat devant lui, dans le prolongement de sa tête, et chatouillez très délicatement l’arrière de son abdomen avec un pinceau souple ou votre autre main. L’insecte avancera de lui-même sur votre paume comme s’il grimpait sur une nouvelle branche. De même, ne dérangez jamais un individu qui est immobile, suspendu dans le vide, depuis plusieurs heures : il est probablement en train de préparer sa mue.
Gérer les œufs en surnombre : l’interdiction absolue de relâcher dans la nature
Avec la parthénogenèse et une ponte quotidienne, dix phasmes adultes peuvent rapidement générer des milliers d’œufs en quelques mois. Un éleveur responsable ne conserve que le nombre d’œufs qu’il est capable d’héberger et de nourrir convenablement une fois éclos.
Bon à savoir : Il est formellement interdit et écologiquement dangereux de relâcher des phasmes exotiques ou de jeter leurs œufs dans votre jardin, au compost ou directement à la poubelle. Certaines espèces comme le phasme morose peuvent s’acclimater dans les régions douces et devenir invasives pour la flore locale. Pour neutraliser les œufs en surnombre sans cruauté avant qu’ils ne se développent, placez-les dans un petit sac hermétique au congélateur pendant 48 à 72 heures avant de les jeter avec les ordures ménagères.
En cas d’anomalie dans votre élevage (mortalité soudaine, léthargie anormale, suspicion d’acariens parasites), vérifiez immédiatement la qualité de vos ronces et l’aération du bac, et n’hésitez pas à solliciter l’avis d’un vétérinaire spécialisé en Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC).
Pour bien démarrer votre élevage dès cette semaine, installez votre vivarium ventilé dans une pièce calme à l’abri des rayons directs du soleil, repérez un massif de ronces sain en forêt loin des cultures, et préparez votre petit pot d’eau sécurisé avant même d’accueillir vos premiers spécimens.
Questions fréquentes
Est-ce qu'un phasme mord ou pique ?
Non, le phasme est totalement inoffensif pour l'humain et les animaux domestiques. Ses petites mandibules sont uniquement conçues pour découper le bord des feuilles tendres et il ne possède ni dard ni venin. Certaines grandes espèces épineuses peuvent tout au plus pincer légèrement la peau en repliant leurs pattes arrière si on les saisit brusquement.
Quelle est la durée de vie d'un phasme ?
La durée de vie varie selon l'espèce et le sexe, mais elle se situe en moyenne entre 8 et 14 mois à partir de l'éclosion de l'œuf. Les femelles vivent généralement plusieurs mois de plus que les mâles, ces derniers mourant souvent quelques semaines après avoir atteint le stade adulte.
Comment nourrir ses phasmes en plein hiver ?
La ronce commune (Rubus fruticosus) qui pousse dans les bois et les haies garde des feuilles vertes tout au long de l'hiver, même sous le gel et la neige. Le lierre grimpant est également persistant toute l'année pour les espèces qui l'acceptent, comme le phasme morose. Veillez simplement à laisser les branches se réchauffer à température ambiante avant de les mettre dans le vivarium.
Pourquoi mon phasme a-t-il perdu une patte ?
Il s'agit très probablement d'une autotomie (le phasme a cédé sa patte suite à un stress ou une mauvaise manipulation) ou d'un accident lors d'une mue difficile due à un manque d'humidité. Rassurez-vous, un phasme vit et se déplace parfaitement bien avec quatre ou cinq pattes. S'il est encore jeune, le membre repoussera progressivement lors de ses prochaines mues.
Faut-il un chauffage spécial pour élever des phasmes ?
Pour la grande majorité des espèces débutantes comme le phasme morose, le phasme du Pérou ou le phasme tiare, aucun chauffage n'est nécessaire. La température ambiante normale d'une habitation, comprise entre 18 °C et 24 °C, suffit amplement à leur bon développement.
Les conseils de cet article sont donnés à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un professionnel.
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