Mygale : biologie, comportement et bases de l’élevage

La mygale est un grand arachnide appartenant au sous-ordre des mygalomorphes, reconnaissable à ses crochets à venin qui s’articulent verticalement et non en tenaille. Loin du monstre agressif dépeint au cinéma, c’est un animal solitaire, craintif et doté d’un venin qui n’est jamais mortel pour un humain adulte en bonne santé. Son maintien en terrarium est tout à fait accessible en France, à condition de choisir une espèce calme et de respecter ses besoins biologiques ainsi que le cadre légal.

  • Critère anatomique : crochets parallèles qui frappent de haut en bas, corps souvent velu et massif.
  • Dangerosité réelle : aucune espèce mortelle pour l’humain, mais des soies urticantes irritantes chez les espèces américaines.
  • Longévité : jusqu’à 20 ou 30 ans pour certaines femelles en captivité, contre 3 à 5 ans pour les mâles.
  • Législation française : détention libre pour la majorité des espèces courantes, hors Guyane et espèces très venimeuses.

Qu’est-ce qu’une mygale ? Anatomie et particularités

Dans le langage courant, on associe immédiatement la mygale à une araignée géante et poilue. Pourtant, sur le plan zoologique, la taille ne fait pas la mygale. Certaines espèces ne dépassent pas un centimètre à l’âge adulte, tandis que certaines araignées classiques (les aranéomorphes, comme les sparassidés) peuvent atteindre l’envergure d’une assiette à dessert. Ce qui différencie véritablement cet animal, c’est son architecture interne et la mécanique de ses pièces buccales.

Les chélicères orthognathes : la vraie signature des mygalomorphes

Pour distinguer à coup sûr une mygale d’une autre araignée, il faut observer ses chélicères, c’est-à-dire les appendices qui portent les crochets à venin. Chez les araignées communes de nos jardins et maisons, ces crochets sont dits labidognathes : ils se font face et s’ouvrent ou se ferment horizontalement, exactement comme une pince ou une tenaille.

À l’inverse, toutes les mygales possèdent des chélicères orthognathes. Leurs crochets sont disposés parallèlement l’un à l’autre, dans l’axe du corps, et s’articulent de haut en bas. Pour mordre ou immobiliser une proie, l’arachnide doit donc soulever l’avant de son corps (le céphalothorax) et s’abattre vers l’avant comme une pioche. Outre cette particularité mécanique, les mygalomorphes respirent grâce à deux paires de poumons en feuillets (situés sous l’abdomen), alors que la plupart des autres araignées n’en possèdent qu’une seule paire complétée par des trachées.

Taille, poids et espérance de vie impressionnante

La diversité morphologique chez les Theraphosidae (la famille des grandes mygales souvent élevées en terrarium) est spectaculaire. Au sommet de l’échelle se trouve la célèbre mygale Goliath (Theraphosa blondi), originaire des forêts humides d’Amérique du Sud. Son envergure, pattes étendues, peut approcher les 30 centimètres pour un poids dépassant parfois les 130 grammes. À l’opposé, les mygales naines du genre Cyriocosmus atteignent à peine 3 à 4 centimètres d’envergure une fois adultes, tout en arborant des motifs colorés remarquables.

L’autre donnée qui surprend souvent les néophytes est la longévité de ces invertébrés. Il existe un dimorphisme sexuel marqué sur la durée de vie. Les mâles ont un cycle de vie court : une fois qu’ils ont effectué leur mue finale (la mue imaginale qui fait apparaître leurs organes reproducteurs au bout des pédipalpes), ils cessent presque de s’alimenter pour partir en quête d’une partenaire et meurent généralement dans les 6 à 18 mois qui suivent, soit une vie totale de 2 à 5 ans. Les femelles, en revanche, continuent de muer et de vivre très longtemps. Chez des genres à croissance lente comme Brachypelma ou Grammostola, une femelle peut dépasser les 25 à 30 ans en captivité. Adopter une jeune femelle représente donc un engagement sur plusieurs décennies, comparable à celui demandé par certaines espèces de reptiles.

Le rôle crucial de la mue dans sa croissance

Comme tous les arthropodes, la mygale est enfermée dans un exosquelette rigide fait de chitine. Cette armure externe la protège de la déshydratation et des chocs, mais elle n’est pas extensible. Pour grandir, l’arachnide doit périodiquement s’extraire de son ancienne enveloppe : c’est le phénomène de l’ecdysis, plus simplement appelé la mue.

Quelques jours ou semaines avant l’événement, l’animal cesse de s’alimenter, son abdomen s’assombrit et ses mouvements deviennent plus lents. Le jour J, la mygale tisse généralement un épais tapis de soie au sol et se retourne sur le dos, pattes repliées. Pour un observateur non averti, cette posture donne l’impression que l’animal est mort, alors qu’il s’agit de la position normale de mue. Le céphalothorax se fend, et l’araignée pousse lentement pour dégager son corps et ses huit pattes. La mue permet même de régénérer une patte perdue au fil des cycles successifs. Durant les jours qui suivent, le nouvel exosquelette est mou et les crochets sont blancs : l’animal est extrêmement vulnérable.

Attention : ne touchez jamais une mygale retournée sur le dos et retirez immédiatement tout grillon ou blatte vivant du terrarium. Une proie laissée dans l’enceinte pourrait grignoter l’arachnide sans défense pendant que sa nouvelle cuticule durcit.

Où vivent les mygales et comment s’organise leur quotidien ?

Présentes sur presque tous les continents à l’exception de l’Antarctique, les mygales ont colonisé une immense variété de biotopes, des déserts arides du Mexique aux forêts tropicales humides d’Asie du Sud-Est. En nature comme en captivité, ce sont des animaux très économes en énergie, essentiellement crépusculaires ou nocturnes, qui passent la majeure partie de leur vie immobiles dans ou près de leur abri.

Terrestres, arboricoles ou fouisseuses : trois modes de vie distincts

En terrariophilie, on classe les espèces en trois grandes catégories écologiques, qui dictent entièrement l’aménagement de leur futur habitat :

  • Les mygales terrestres : souvent massives et lourdes, elles vivent au ras du sol. Elles utilisent des abris naturels (sous une racine, une écorce, une pierre plate) ou occupent le terrier abandonné d’un petit rongeur. Elles grimpent mal et une chute de quelques dizaines de centimètres peut provoquer la rupture fatale de leur abdomen.
  • Les mygales arboricoles : plus élancées, dotées de longues pattes terminées par de larges pelotes adhésives (les scopulae), elles vivent dans la végétation et le creux des troncs d’arbres. Elles sont agiles, rapides et capables de faire des bonds impressionnants. Elles tissent souvent des retraites tubulaires en soie en hauteur.
  • Les mygales fouisseuses (ou terricoles) : véritables terrassières, elles creusent de profondes galeries verticales ou obliques dans la terre grâce à leurs chélicères. Elles tapissent les parois de leur terrier avec de la soie pour éviter les éboulements et ne sortent pratiquement jamais à découvert, se contentant d’attendre à l’embouchure du trou à la tombée de la nuit.

Existe-t-il des mygales sauvages en France métropolitaine ?

Contrairement à une idée reçue tenace, les mygales ne sont pas exclusivement exotiques. La France métropolitaine abrite une vingtaine d’espèces de mygalomorphes autochtones, principalement réparties dans la moitié sud du pays et en Corse, même si l’une d’entre elles remonte bien plus au nord. Rassurez-vous : elles n’ont rien à voir avec les géantes tropicales. Elles sont minuscules (souvent entre 1 et 2,5 centimètres corps compris), glabres et mènent une vie souterraine ultra-discrète.

On rencontre par exemple les mygales maçonnes (genres Nemesia ou Cteniza en région méditerranéenne et en Corse), célèbres pour fermer l’entrée de leur terrier par un opercule articulé en terre et en soie, quasiment invisible à l’œil nu. Plus répandue, l’atypie (comme Atypus affinis) se trouve jusque dans le nord de la France et en Bretagne : elle vit au fond d’un tube de soie vertical appelé « chaussette », dont la partie aérienne camouflée au sol vibre dès qu’un insecte marche dessus, permettant à la mygale de le transpercer à travers la toile. Ces espèces locales sont inoffensives et jouent un rôle précieux dans la régulation des insectes.

La mygale est-elle vraiment dangereuse pour l’humain ?

L’arachnophobie est l’une des peurs les plus partagées au monde, largement alimentée par des œuvres de fiction qui présentent ces animaux comme des tueurs implacables. Lorsqu’on observe leur biologie réelle, le constat est tout autre : pour une mygale, l’être humain n’est pas une proie, mais un géant menaçant face auquel la fuite est toujours la première option.

Le mythe de la morsure mortelle face à la réalité

Mettons les choses au clair : aucune espèce de la famille des Theraphosidae (les vraies mygales d’élevage) n’a jamais causé la mort prouvée d’un être humain. La confusion provient souvent de l’anglais, où toutes les grosses mygales sont appelées tarantulas, tandis que certaines mygalomorphes australiennes appartenant à une autre famille (les Atracidae, comme la célèbre Atrax robustus de Sydney) possèdent effectivement un venin potentiellement mortel avant l’invention du sérum dans les années 1980. Mais ces dernières ne sont pas des Theraphosidae et ne se trouvent pas dans le commerce.

Chez les mygales classiques, la dangerosité du venin dépend de leur origine géographique. Les espèces du « Nouveau Monde » (continent américain) possèdent un venin peu actif sur les mammifères : une morsure est mécaniquement douloureuse à cause de la taille des crochets, mais ses effets systémiques se comparent généralement à une piqûre de guêpe ou d’abeille. En revanche, les espèces de l’« Ancien Monde » (Afrique, Asie), dépourvues de poils urticants, misent tout sur un venin neurotoxique beaucoup plus puissant. Une morsure d’un genre asiatique comme Poecilotheria ou africain comme Pterinochilus provoque des douleurs intenses, des crampes musculaires sévères pouvant durer plusieurs semaines, des suées et des nausées. Bien que non mortelle pour un adulte sain, une telle envenimation (ou toute réaction allergique) nécessite de consulter rapidement un médecin ou un centre antipoison.

Les soies urticantes : le système de défense des espèces américaines

Si les espèces américaines ont un venin si faible, c’est parce qu’elles ont développé au cours de l’évolution une arme défensive redoutable d’efficacité : les soies urticantes. Situés sur le dessus et l’arrière de leur abdomen, ces poils microscopiques sont munis de minuscules ardillons, semblables à des harpons miniatures.

Lorsqu’une mygale américaine se sent menacée ou stressée, elle frotte vigoureusement ses pattes arrière contre son abdomen (on dit qu’elle « bombarde »). Elle projette alors un nuage de milliers de soies invisibles dans l’air. Au contact de la peau humaine, ces poils provoquent des démangeaisons vives et des plaques rouges. S’ils atteignent les muqueuses respiratoires ou les yeux, les conséquences peuvent être sérieuses (kératite, lésions oculaires). C’est pourquoi les éleveurs prudents portent des lunettes de protection et parfois des gants lorsqu’ils nettoient le terrarium d’espèces connues pour bombarder facilement, comme la Theraphosa blondi ou certaines Lasiodora.

Pourquoi il faut éviter de manipuler cet arachnide

Sur les réseaux sociaux, il est fréquent de voir des propriétaires faire marcher leur mygale sur leurs mains ou leurs bras. En tant que terrariophile, c’est une pratique que je déconseille fermement, et pas principalement pour protéger l’humain. La manipulation n’apporte aucun bénéfice à l’animal : une mygale ne ressent pas d’affection, ne reconnaît pas son propriétaire et ne cherche jamais le contact social. Pour elle, être soulevée dans les airs est uniquement une source de stress.

Le véritable danger de la manipulation pèse sur l’arachnide lui-même. Effrayée par un souffle d’air, une vibration ou un mouvement brusque de la main, la mygale peut détaler d’un coup sec et tomber au sol. Contrairement aux insectes légers, l’abdomen d’une mygale terrestre est lourd et fragile, comparable à un petit ballon d’eau. Une chute de seulement 30 ou 40 centimètres sur un carrelage ou un parquet suffit à faire éclater son abdomen, entraînant une perte d’hémolymphe (son sang) presque toujours fatale. Comme lorsqu’on accueille un serpent en terrarium ou que l’on se passionne pour l’élevage d’une mante religieuse, la règle d’or est le plaisir de l’observation sans contact superflu.

Alimentation et technique de chasse à l’affût

Toutes les mygales sont des carnivores strictes, et plus précisément des prédatrices d’invertébrés vivants. Dans la nature, leur menu se compose d’insectes variés (criquets, coléoptères, blattes), d’autres araignées, et occasionnellement de petits vertébrés (amphibiens, petits lézards) si l’opportunité se présente. En captivité, il est inutile et déconseillé de leur donner des souriceaux : ces proies sont trop riches en graisses et leurs restes non digérés dégagent des odeurs nauséabondes propices au développement d’acariens et de bactéries dans le bac.

Leur régime en terrarium repose sur des insectes d’élevage sains et préalablement bien nourris avec des fruits et légumes frais :

  • Les blattes (comme Blaptica dubia ou Shelfordella lateralis), nutritives et faciles à conserver.
  • Les grillons (domestiques, champêtres ou noirs), très stimulants par leurs mouvements.
  • Les criquets migrateurs ou pèlerins, adaptés aux sujets subadultes et adultes.
  • Les vers de farine ou morios, à distribuer occasionnellement pour varier, en veillant à ce qu’ils ne s’enfouissent pas aussitôt dans le substrat.

Bien qu’elle possède huit yeux regroupés sur un petit tubercule au sommet du céphalothorax, la mygale a une vue très médiocre, qui lui sert surtout à distinguer le jour de la nuit et les ombres proches. Elle chasse à l’affût grâce à ses trichobothries : de longs poils sensoriels ultra-sensibles disposés sur ses pattes, capables de détecter le moindre déplacement d’air ou la plus infime vibration du sol causée par le pas d’un grillon. Dès que la proie passe à portée, la détente est foudroyante.

Une fois la proie saisie et paralysée par le venin, un problème se pose : la bouche de la mygale est minuscule et équipée de filtres qui ne laissent passer que des liquides. Elle pratique donc la digestion externe. Elle régurgite des sucs digestifs sur sa proie tout en la malaxant avec ses chélicères pour liquéfier les tissus internes, puis aspire cette bouillie nutritive. Au bout de quelques heures, il ne reste qu’une petite boule sèche de chitine indigestible, que l’éleveur doit retirer à la pince. Côté fréquence, le métabolisme lent de cet animal impose la modération : un jeune (appelé sling ou juvénile) mange une à deux fois par semaine, tandis qu’une femelle adulte se contente largement d’une proie tous les 10 à 15 jours. Il n’est d’ailleurs pas rare qu’une adulte en bonne santé fasse un jeûne spontané de plusieurs mois sans maigrir d’un gramme.

Adopter une mygale en captivité : législation et espèces débutants

Accueillir une mygale chez soi demande très peu de place et un budget modeste par rapport aux mammifères ou aux reptiles nécessitant des installations chauffantes et UV complexes. Néanmoins, avant toute acquisition, il faut connaître la réglementation en vigueur et cibler des espèces au tempérament placide.

Que dit la loi française en 2026 ? (IFAP et certificat de capacité)

En France métropolitaine, le cadre légal est fixé par l’arrêté du 8 octobre 2018 qui régit la détention d’animaux d’espèces non domestiques. Bonne nouvelle pour les passionnés : la très grande majorité des espèces de mygales est soumise à une détention libre (sans déclaration ni autorisation) tant que vous ne dépassez pas le seuil de 100 spécimens adultes. En tant qu’invertébrés, les mygales ne sont pas concernées par l’inscription au fichier national d’identification I-FAP, contrairement aux vertébrés protégés comme on le voit dans la réglementation sur la détention d’une tortue d’Hermann.

Il existe toutefois trois exceptions majeures qu’il est impératif de respecter en 2026 :

  1. Les espèces jugées dangereuses : les mygalomorphes de la famille des Atracidae (genres Atrax et Hadronyche) et des Actinopodidae (genre Missulena), ainsi que les araignées des genres Phoneutria, Loxosceles et Latrodectus (veuves noires) nécessitent obligatoirement un Certificat de Capacité (CDC) et une Autorisation d’Ouverture d’Établissement (AOE) dès le premier individu.
  2. La faune guyanaise : toutes les espèces présentes en Guyane française (comme la mygale Goliath Theraphosa blondi, Avicularia avicularia ou encore Ephebopus murinus) bénéficient d’un statut de protection stricte sur le territoire national pour lutter contre le braconnage. Leur détention par un particulier non capacitaire est interdite ou strictement encadrée selon leur origine légale prouvée.
  3. Les espèces inscrites à la CITES (Annexe II / Annexe B européenne) : toutes les espèces des genres Brachypelma, Tliltocatl et certaines Poecilotheria sont protégées au niveau international. Vous avez parfaitement le droit d’en détenir librement sans certificat de capacité, mais le vendeur (éleveur ou magasin spécialisé) doit impérativement vous fournir une attestation de cession ou une facture mentionnant l’origine née en captivité (NC) de l’animal.

Trois genres calmes et robustes pour s’initier (Brachypelma, Tliltocatl, Grammostola)

Pour débuter sereinement, on oriente toujours son choix vers des espèces terrestres américaines. Elles sont lentes dans leurs déplacements, passent beaucoup de temps à découvert (ce qui est plus gratifiant qu’un terrarium de terre vide avec une espèce fouisseuse), pardonnent les petites erreurs d’humidité et possèdent un venin bénin.

  • Le genre Brachypelma : originaires des zones semi-arides du Mexique, ces mygales (comme Brachypelma hamorii, anciennement smithi, ou Brachypelma boehmei) sont célèbres pour leurs couleurs noires et orange vif sur les pattes. Elles sont très dociles, faciles à maintenir au sec avec un simple abreuvoir, et jouissent d’une longévité exceptionnelle.
  • Le genre Tliltocatl : autrefois classées parmi les Brachypelma, des espèces comme Tliltocatl albopilosus (la mygale frisée du Nicaragua) ou Tliltocatl vagans figurent parmi les meilleures ambassadrices de la terrariophilie. Très robustes, dotées d’un bon appétit et d’une croissance un peu plus rapide que leurs cousines mexicaines, elles s’adaptent sans difficulté aux températures de nos habitations.
  • Le genre Grammostola : venues des prairies et régions tempérées d’Amérique du Sud (Chili, Argentine, Brésil), la Grammostola pulchra (d’un noir velouté intégral) et la Grammostola pulchripes (aux genoux striés d’or) sont réputées pour leur tempérament d’une grande placidité. Leur croissance est lente, mais leur robustesse à toute épreuve en fait des compagnes d’observation parfaites.

Aménager un terrarium adapté au bien-être de sa mygale

L’erreur la plus fréquente du débutant est de vouloir offrir un palace immense à son arachnide en pensant lui faire plaisir. Or, contrairement aux mammifères, la mygale n’a pas besoin de courir pour se dépenser. Dans un terrarium trop vaste, elle aura du mal à repérer ses proies et se sentira exposée. Son espace doit être proportionné à sa taille, sécurisé et conçu selon son mode de vie.

Dimensions du bac, aération et sécurité anti-évasion

Pour une espèce terrestre adulte de gabarit moyen (12 à 16 centimètres d’envergure), un terrarium de 30 x 30 cm au sol pour 20 à 30 cm de hauteur constitue le standard idéal. La règle essentielle concerne la hauteur libre entre la surface du substrat et le plafond du terrarium : elle ne doit pas dépasser une fois et demie à deux fois l’envergure de l’araignée, afin d’écarter tout risque de blessure en cas de chute si elle grimpe aux parois.

Pour une jeune mygale ou une petite espèce arboricole, on privilégiera un contenant plus compact mais orienté en hauteur. Dans tous les cas, deux critères techniques sont non négociables : une ventilation croisée (pour éviter l’air vicié et le développement de moisissures mortelles pour les poumons de l’arachnide) et une fermeture fiable, car les mygales ont une force surprenante dans les pattes et peuvent soulever un couvercle simplement posé.

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Bon à savoir : si votre terrarium possède un plafond en grille métallique fine (type moustiquaire souple), surveillez le comportement de votre mygale. Certaines espèces terrestres qui grimpent au plafond peuvent coincer les minuscules griffes situées au bout de leurs pattes (les tarses) dans les mailles serrées et rester suspendues. Pour éviter ce risque sur une espèce terrestre, il suffit de mettre une épaisse couche de substrat qui réduit la hauteur, ou de remplacer la moustiquaire par une plaque d’acrylique percée de trous d’aération.

Substrat, cachette, point d’eau et gestion de la température

Le fond du terrarium est l’élément central du décor. Oubliez immédiatement le sable pur, le gravier d’aquarium, les copeaux de bois pour rongeurs ou les écorces de pin résineuses (toxiques pour les invertébrés). Le substrat de référence pour la quasi-totalité des mygales est l’humus de fibre de coco (souvent appelé tourbe de coco), utilisé pur ou mélangé à de la terre de jardin non traitée. Ce matériau naturel retient bien l’humidité sans pourrir, reste meuble pour permettre à l’animal de creuser et amortit les chutes éventuelles. Prévoyez au moins 8 à 10 centimètres d’épaisseur pour une terrestre, et jusqu’à 15 ou 20 centimètres pour une fouisseuse.

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Sur ce substrat, l’aménagement doit rester sobre et fonctionnel. Installez une cachette adaptée (un morceau d’écorce de chêne-liège courbé, qui a l’avantage de ne jamais moisir, ou un demi-pot en terre cuite) que la mygale utilisera comme refuge. Ajoutez une petite gamelle d’eau peu profonde mais large, remplie d’eau fraîche renouvelée régulièrement. Contrairement à une vieille légende urbaine, il ne faut jamais mettre d’éponge ou de coton dans l’abreuvoir : la mygale ne se noie pas dans 1 centimètre d’eau, tandis qu’une éponge humide devient en 48 heures un nid à bactéries redoutable. Pour maintenir le taux d’hygrométrie des espèces tropicales, on préfère humidifier une partie du substrat (en laissant un coin sec) plutôt que de pulvériser de l’eau directement sur l’animal, ce qu’il déteste.

Enfin, la gestion thermique est bien plus simple qu’on ne l’imagine. La majorité des espèces courantes se portent à merveille entre 21 °C et 26 °C le jour, avec une légère baisse la nuit. Si votre logement est chauffé normalement, vous n’avez besoin d’aucun chauffage d’appoint. Si votre pièce descend sous les 19 °C en hiver, utilisez un petit tapis chauffant thermostaté, mais collez-le impérativement sur une paroi latérale ou arrière du terrarium, jamais en dessous. Dans la nature, la chaleur vient du soleil, c’est-à-dire d’en haut : lorsqu’une mygale a trop chaud, son instinct lui dicte de creuser au fond de son terrier pour trouver la fraîcheur. Si le tapis chauffant est sous le bac, elle va s’enterrer au contact de la vitre brûlante et risque de mourir de déshydratation. Quant à l’éclairage, la lumière naturelle de la pièce suffit amplement (sans jamais exposer le terrarium aux rayons directs du soleil pour éviter l’effet de serre).

Accueillir une mygale demande finalement peu d’interventions quotidiennes, mais exige de la rigueur dans l’observation et le respect de sa tranquillité. En choisissant une espèce adaptée à votre expérience, née en captivité chez un éleveur sérieux, et en lui préparant un terrarium sécurisé avec une épaisse couche de substrat, vous découvrirez un animal d’une grande délicatesse dans ses mouvements, capable de vous accompagner pendant de longues années.

Questions fréquentes

Quel est le prix d'une mygale et de son installation ?

Le budget dépend de l'espèce, de l'âge et du sexe de l'animal. Un très jeune spécimen non sexé d'une espèce courante se trouve facilement autour de quelques dizaines d'euros, tandis qu'une femelle subadulte ou adulte d'une espèce recherchée à croissance lente est nettement plus onéreuse. L'équipement complet (terrarium, substrat, cachette, pince de nourrissage) reste très abordable comparé aux reptiles et consomme très peu d'électricité.

Une mygale peut-elle reconnaître son maître ?

Non, le système nerveux d'une mygale ne lui permet pas de reconnaître un visage humain, de développer de l'attachement ou d'apprécier les caresses. Elle réagit uniquement aux stimuli environnementaux (vibrations, courants d'air, chaleur, lumière) et finit tout au plus par s'habituer aux routines d'ouverture de son terrarium sans se mettre en posture défensive.

Que faire si ma mygale ne mange plus depuis plusieurs semaines ?

Ne vous inquiétez pas tant que son abdomen (l'opisthosome) reste bien rebondi et qu'elle a de l'eau fraîche à disposition dans son abreuvoir. Un refus de s'alimenter annonce très souvent la préparation d'une mue, ou correspond simplement à un jeûne physiologique naturel fréquent chez des genres comme Grammostola ou Brachypelma. Retirez toujours la proie non consommée au bout de 24 heures pour ne pas stresser l'araignée.

Peut-on mettre deux mygales ensemble dans le même terrarium ?

Non, à de très rares exceptions près (comme l'espèce africaine Monocentropus balfouri connue pour sa tolérance communautaire), les mygales sont des prédatrices solitaires et territoriales. Faire cohabiter deux individus dans le même terrarium se soldera tôt ou tard par du cannibalisme, le spécimen le plus fort dévorant l'autre, notamment au moment vulnérable de la mue.

Comment savoir si ma mygale est en train de mourir ou de muer ?

La distinction se fait par sa posture : une mygale qui prépare sa mue se retourne volontairement sur le dos, souvent sur un tapis de soie qu'elle a tissé, avec les pattes légèrement écartées ou tendues. À l'inverse, une mygale mourante ou sévèrement déshydratée reste sur le ventre avec ses huit pattes complètement recroquevillées sous son corps (c'est ce qu'on appelle la position du « death curl »).

Les conseils de cet article sont donnés à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un vétérinaire. En cas de doute sur la santé de votre animal, consultez un professionnel.

TN

Théo Nguyen

Terrariophile spécialisé mygales et phasmes depuis 7 ans.

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